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Lanzelet

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Lanzelet
Ulrich von Zatzikhoven et les premiers vers du Lanzelet dans le Manuscrit d'Heidelberg
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Lanzelet est un roman du cycle arthurien en moyen haut-allemand écrit vers 1200 par l'auteur de langue allemande Ulrich von Zatzikhoven. Composé de 9 444 vers, le roman raconte l'histoire et les aventures du chevalier Lanzelet. Il est le premier roman allemand de Lancelot[1], les autres grands auteurs médiévaux allemands comme Walther von der Vogelweide, Hartmann von Aue et Wolfram von Eschenbach ayant rédigé leurs œuvres sur d'autres thèmes.

Le Lanzelet de Zatzikhoven est la transcription en allemand d'un « livre français ». On retrouve dans l'œuvre des similitudes avec le Lancelot de Chrétien de Troyes comme l'enlèvement de Lancelot à sa naissance. Toutefois, le Lanzelet s'en détache fortement. Si celui de Chrétien est constamment en proie à des déchirements intérieurs, celui de Zatzikhoven ne rencontre aucune crise existentielle. Les intrigues des deux romans sont également radicalement différentes.

Le roman de Zatzikhoven ne compte cependant pas parmi les romans allemands majeurs du cycle arthurien[2]. S'il a fait l'objet d'études au XIXe siècle, le Lanzelet a longtemps été déprécié au sein de la germanistique allemande. Le philologue Karl Lachmann parle d'un roman riche dans la langue mais pauvre dans la représentation[3]. Il faut attendre les années 1970 pour que des auteurs comme René Pérennec le réhabilitent.

Origine du livre

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Hugues de Morville, l'un des assassins de Thomas Becket

Le Lanzelet n'est pas une création originale à proprement parler mais la traduction en allemand d'un « livre français » comme le dit Zatzikhoven :

« Je tiens à le dire : je n'ai rien enlevé ni ajouté à ce que dit un livre français dont nous avons pris connaissance pour la première fois lorsque, selon la volonté divine, le roi d'Angleterre fut fait prisonnier par le duc Léopold, qui lui imposa une longue rançon. Le roi captif donna en otage à ce dernier de nobles seigneurs de très haute naissance venus de lointaines contrées étrangères, des comtes, des barons et d'autres, de rang comparable. L'empereur Henri les répartit entre différents pays allemands, selon ce qui lui semblait opportun. L'un de ces otages s'appelait Hugues de Morville ; c'est lui qui possédait le livre français de Lanzelet quand ce livre nous est apparu[4]. ».

René Pérennec parle d'un « crédit de principe »[5] que l'on donne à Zatzikhoven lorsqu'il affirme que son œuvre est une adaptation. Ce crédit est également accordé par les autres chercheurs[6]. Le livre source, le « livre français » ou « welschez buoch », a disparu. Il avait été vraisemblablement écrit en Angleterre où les gens de la cour et l'aristocratie parlent l'anglo-normand[7]. Comme auteur du livre original, on avance le nom de Pierre le Poète, abbé de l'abbaye de Blanchelande de 1167 à 1213[7].

René Bansard a développé une thèse selon laquelle le modèle historique de Lanzelet est Richard du Hommet Connetable, Baron von Varanguebec im Bois de Limors du Cotentin[7]. On retrouve d'autres similitudes. Richard du Hommet reçoit de Henri II les terres de Dodunton et Bedefort-Shire (terres sous le pouvoir de Hugues de Morville) prises à Auvray le Géant tout comme Lanzelet conquiert Dodone et Behforet et combat Iweret[7]. Les sonorités sont très proches. Le possesseur du livre original, Hugues de Morville, fait partie du complot qui a abouti à l'assassinat de Thomas Becket le . Le pape commande à De Morville et aux autres assassins de se joindre aux croisades. De Morville se met au service de Richard Ier d'Angleterre dans les années 1190. Lorsque ce dernier est fait prisonnier par Henri VI du Saint-Empire, De Morville est échangé comme otage en 1194 pour permettre la libération du roi et c'est lui qui possède le livre dont Zatzikhoven fera la traduction[8]. Nicola MacLelland va également dans le même sens que Bansard[7].

Manuscrits et transcriptions

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Plusieurs manuscrits sont parvenus jusqu'à nous. Ils sont au nombre de deux auxquels on peut ajouter différents fragments. Le plus ancien manuscrit appelé le Manuscrit de Vienne dénommé W est un parchemin rédigé vers le milieu du XIVe siècle. Il est écrit en souabe et il lui manque une partie allant des vers 8943 à 9082[9]. Le second manuscrit a quant à lui été rédigé sur papier vers 1420, c'est le Manuscrit d'Heidelberg dénommé P. Il serait d'origine alsacienne[10] et deux parties sont manquantes : les vers 5479 à 5624 et les vers 7524 à 7716[11].

Il existe quatre fragments appartenant à trois manuscrits différents. Le premier d'entre eux appelé B date du premier quart du XIIIe siècle et a été offert à la Bodleian Library d'Oxford en 1920 ; il contient en tout 99 vers : 2259 à 2285, 2304 à 2327, 2346 à 2369, 2389 à 2412[12]. Le second fragment appelé S (comme Strasbourg) a été rédigé vers 1300 et contient 255 vers. Le troisième fragment, G, du nom de leur ancien propriétaire Franz Goldhahn et le quatrième fragment Gk appartiennent quant à eux au même manuscrit qui date de la première moitié du XIVe siècle.

Plusieurs transcriptions du Lanzelet ont été réalisées. Karl August Hahn, un professeur de philologie à l'Université d'Heidelberg, a réalisé la première en 1845[13]. Il numérote les vers originaux. Son œuvre a influencé toute la recherche sur le Lanzelet[14]. Le travail de Hahn a été supervisé par Karl Lachmann, grand philologue expert en anciens dialectes allemands. La transcription la plus récente est celle de Georg Deutscher datée de 2002[15].

La Fée marine enlevant Lanzelet

Le texte commence par un prologue (vers 1 à 666). Le roi Pant, le père de Lanzelet, règne en tyran sur Genewis que René Pérennec fait correspondre au royaume de Gaunes[16]. Il traite les grands de son royaume sur le même pied que les petites gens, ce que ses vassaux n'acceptent pas. Ces derniers se soulèvent, dévastent le royaume et tuent tous les habitants du château dont Pant. Ils laissent cependant la vie sauve à Clarine, la femme du roi, qui se distingue par sa bonté. Cette dernière fuit et c'est alors que la Reine des fées marines emporte Lanzelet sur une île peuplée uniquement de femmes pour l'élever. Lanzelet apprend aussi bien le maniement des armes que la musique ou le chant. Lui vient l'envie de connaître son nom mais la Fée ne le lui révélera que lorsqu'il aura vaincu son pire ennemi : Iweret. Il rencontre sur son chemin un nain qui le fouette puis le chevalier Johfrit de Liez qui lui apprend les derniers rudiments de chevalerie[17]. Dans les vers 667 à 1356, Lanzelet rencontre les chevaliers Kuraus et Orphilet avec lesquels il entre dans la maison du forestier Galagandreiz. Pendant la nuit qui suit, Lanzelet couche avec la fille de Galagandreiz. Ce dernier découvrant sa fille dans le lit de Lanzelet est pris de rage. Il s'ensuit un combat où Galagandreiz trouve la mort. Lanzelet épouse la fille du forestier et devient ainsi seigneur[18].

Dans les vers 1357 à 2249, Lanzelet se lance dans l'aventure du seigneur Linier de Limors en le défiant. Lanzelet est mis au cachot avant d'être amené sur le terrain du combat qui va l'opposer à un géant, à des lions puis enfin à Liniers qu'il tue. Il épouse sa nièce Ade et devient de nouveau seigneur, sans avoir divorcé de sa précédente épouse. Il répétera le même schéma avec ses autres femmes. Dans les vers suivants jusqu'au vers 3474, il combat Walwein, le chevalier de la Table Ronde puis est vainqueur au tournoi de Djofle mais refuse l'invitation du Roi Arthur de venir à la cour[19]. Des vers 3475 à 4673, Lanzelet se rend à Schatel-le-Mort, le château de Mabuz, le fils de la Reine des Fées. Le château est en cela particulier que le courageux qui y entre devient lâche et inversement. Mabuz le force à aller tuer Iweret, ce que Lanzelet accomplit. Il épouse alors la fille d'Iweret : Iblis[20].

Lanzelet devient Chevalier de la Table Ronde

Au vers 4674 apparait une messagère de la reine des fées qui révèle à Lanzelet ses origines et son nom. Lanzelet apprend qu'il est le neveu du Roi Arthur chez qui il se rend alors. Valerin voulant enlever la reine Ginovere, Lanzelet le défie en un combat singulier au terme duquel Valerin se soumet. La cour d'Arthur fête alors cet heureux dénouement. Lanzelet voulant se venger de l'affront subi en la personne du nain au fouet devant la forteresse de Pluris, il s'y dépêche. Il y est fait prisonnier par la reine de Pluris qu'il finit par épouser. Entre-temps, une messagère de la reine des fées fait essayer aux dames de la cour un manteau magique afin de prouver leur fidélité envers leur mari. Iblis, la femme de Lanzelet, est la seule à qui le manteau va à la perfection. Au terme d'un tournoi où Lanzelet fait preuve de ruse, Walwein, Karjet, Erec et Tristant parviennent à délivrer Lanzelet[21].

Dans les vers 6563 à 7444, Ginovere est enlevée par Valerin qui l'emmène dans son château. Pour pouvoir délivrer la reine, la cour du roi Arthur fait appel aux services du magicien Malduc qui exige qu'en contrepartie lui soient livrés Erec et Walwein, ce que le roi accepte à contre-cœur. Le château de Valerin est pris, Valerin est tué et la reine délivrée[22]. Jusqu'au vers 8468, Erec et Walwein sont torturés par Malduc. Lanzelet lance une expédition pour les délivrer. Malduc est tué mais sa fille est laissée sauve car elle a empêché que les chevaliers soient tués par le magicien. Il s'ensuit une fête à la cour d'Arthur. Lanzelet embrasse un dragon qui se révèle être Elidia, une femme victime d'un maléfice que le baiser délivre. Par ce geste, Lanzelet devient le chevalier le plus courtois de la cour. Étant devenu un chevalier et un mari accompli, il fait valoir son droit à la souveraineté dans le royaume de son père. C'est alors qu'il retrouve le trône de Genewis ainsi que sa mère[23].

Le roman s'achève par le retour à la cour d'Arthur de Lanzelet qui choisit le royaume de sa femme, celui d'Iweret, pour devenir seigneur. Une cérémonie de couronnement somptueuse a lieu dans la capitale Dodone. Après un long et heureux règne, il est accordé à Lanzelet et à Iblis de mourir le même jour. Leurs trois enfants se partagent les trois royaumes de leurs parents. Le texte est accompagné d'un épilogue[24].

Les personnages

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